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Sur une note mitigée (Reportage)

26.12.2018

Clôture de la 51ème session du Festival International du Sahara de Douz

Clap de fin pour la 51ème session du festival du Sahara de Douz, fortement prisé par des visiteurs curieux qui ont pris d’assaut la ville, mais également sa région. Comme chaque année, les attentes des natifs et fidèles adeptes restent en suspens et leurs impressions globalement mitigées.

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Le 23 décembre marque la clôture du Festival International de Douz, caractérisé par la mise en valeur de divers us et coutumes propres à la ville qu’on surnomme «la porte du Sahara». Des traditions méconnues même par les Tunisiens et nos voisins maghrébins qui en ont comme chaque année pris plein les yeux. Les spectacles ont défilé devant les participants rassemblés en masse sur «la place Hnich» : courses et concours de chevaux et de chameaux, dromadaires, spectacles de reptiles et concours de slougui ont fusionné. Les participants originaires pour la plupart de Douz se sont parés de leurs plus beaux atours et habits traditionnels. Des chevaux ont même été habillés pour l’occasion. Le festival n’a rien à envier à un mariage collectif. Mais derrière les festivités, les avis divergent…

 

Des habitants critiques

Pour les habitants de la région, bénévoles et fidèles au festival de Douz, leur enthousiasme débordant cache pourtant un arrière-goût. Mabrouka et Mohamed tiennent un commerce modeste de vente de «Mtabga». Aidés par leurs enfants, ils installent chaque année une tente à proximité de la «place Hnich». Leur acharnement à vouloir servir une bonne recette se sent sur leurs visages. Le couple se montre très enthousiaste à l’idée de travailler intensément pendant le festival. Pour l’époux, il s’agit d’une bénédiction annuelle divine: «On vit au rythme des festivités depuis 4 jours, et tout va pour le mieux pour les affaires. Les visiteurs affluent en masse et le travail peut se prolonger jusqu’à une heure tardive. Autant de mouvement dans la ville réchauffe le cœur et remplit les caisses.».

Les époux vendent la «Mtabga» à 1,500dt. Pendant le festival, ils arrivent à en vendre entre 600 et 800 par jour. Mohamed reste préoccupé par l’avenir de la jeunesse de Douz, au potentiel inexploité qui souffre du chômage ambiant et qui se désespère face à la passivité des autorités. «Que vont devenir mes enfants plus tard ? Autant les initier à ce commerce de la «Mtagba» pour qu’au moins ils puissent rebondir. On ne peut ne pas être heureux à l’idée de recevoir autant de participants chaque année. Cela nous booste.». D’un point de vue commercial, chauffeurs de taxi ou de 4X4 affiliés à une agence de voyages, hôteliers, animateurs, guides touristiques, responsables d’une base de Quads, de chameaux et de chevaux se montrent tous optimistes.

Ce n’est pourtant pas le cas de quelques passionnés du festival qui portent un regard critique sur la programmation. Originaire de Tozeur, Malèk, 38 ans, s’offre des séjours de repos à Douz depuis 6 ans. Cette année, elle vient accompagnée de son époux et n’a pas hésité à exprimer son mécontentement quant au contenu : «Cela se voit que les organisateurs ne fournissent aucun effort pour obtenir des changements. Ils ne se renouvellent pas. Je ne m’en lasse pas, c’est vrai, mais je ne vous cache pas que j’aimerais qu’on creuse davantage dans le choix des artistes retenus pour les soirées, par exemple, et qu’on réduise un peu le côté folklorique et répétitif», déclare-t-elle.

Des visiteurs conquis

Par ailleurs, la plupart des participants passagers sont doublement subjugués par la beauté de la ville et de son festival. Vacanciers tunisiens, maghrébins, européens ou autres sont venus s’adonner à la quiétude hivernale de tout le Sud tunisien, et non pas spécifiquement de Douz. Ils y font une escale d’une nuit ou deux en famille ou en couple et la découvrir dans une telle effervescence les comble. «Un couple de retraités français viennent d’arriver de Djerba. Ils sont passés par Tozeur et ses oasis avant de visiter Ksar Ghilene et d’arriver à bon port à Douz. «Ce n’est pas notre première visite en Tunisie. Mais comme on était davantage habitués aux zones côtières, la plage et la mer, cette année nous avons voulu nous perdre dans le Sud. Par hasard, nous avons atterri en plein festival. Des festivités locales, typiques qui nous permettent de découvrir un mode de vie totalement méconnu pour nous», affirme la sexagénaire. Une famille libyenne ne rate pas la moindre édition du festival depuis 4 ans. Le couple et ses enfants viennent spécialement de Tripoli à Douz, s’installent dans un hôtel de la région et vivent aux mêmes rythmes que les habitants de Douz. «C’est une occasion en or pour nous de changer de décor. C’est très plaisant».

«Un chauffeur de taxi a pourtant hâte d’en finir. Une fois interrogé, il n’hésite pas à exprimer son agacement provoqué par le trafic routier intense. La ville, d’après lui, est bien plus belle et tranquille en temps normal. Mais il ne nie pas l’impact économique important de cet évènement et clôt l’échange sur un sacré «Hamdoullah».

copyright : Media up / PAMT

----------------*Ce travail a été réalisé dans le cadre d’une formation-production du Programme d’appui aux médias en Tunisie. Cette activité a impliqué, du 19 au 23 décembre 2018, 15 journalistes de différents médias tunisiens dans la couverture du Festival du Sahara de Douz et de sa région. Leurs productions sont publiées dans leurs médias, et consultables sur  la page facebook du PAMT (https://bit.ly/2GH5HkX) et les sites (www.mediaup.tn) et (www.capjc.tn).